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C’est marrant la vie : autant elle peut t’en faire baver, autant elle peut réserver de bonnes surprises. Je tiens donc à saluer le succès de Rengaine et par la même occasion le talent et les qualités de guerrier de Rachid Djaïdani, qu’il soit maçon, boxeur, écrivain, comédien ou réalisateur.

J’ai découvert Rachid (l’auteur) à l’époque où j’étais encore étudiante et tourangelle. Je partais en vacances aux Etats-Unis pour l’été et j’ai raté mon TGV direct Tours-CDG… j’étais donc bonne pour la mission montparnasse-métro-RER. En attendant le prochain train donc, je vais me prendre un petit dèj au Mc Do de la gare et je tombe sur Boulette, un ancien de la cité des Sanitas. Boulette c’est un « ancien » toxico qui s’est mis à écrire et qui essaie au moins par le verbe de se racheter une conduite… Boulette est là avec son café et son carnet, posé et de sa voix nasillarde de tox’ qui parle du zen : « ah mais qu’est-ce tu fais là de bonne heure comme ça ? ». On commence à papoter de la pluie et du beau temps et il me dit qu’il vient de finir un bouquin qui défonce sa mère, le gars il a écrit en langage comme nous on parle quoi, c’est un truc de ouf t’as vu ? Tout un roman ! Comme j’ai toujours été branchée bouquin et aussi culture « urbaine » (comme on dit politiquement correctement…), ça m’intéresse et Boulette me dit « Tiens, je te le donne, moi je l’ai fini, ça me fait plaisir quelqu’un qui aime lire ». C’était Boumkeur, le premier roman de Rachid Djaïdani… et je l’ai terminé avant même de monter dans l’avion. J’ai adoré. J’ai tenté de le faire lire à mes parents qui n’ont pas compris grand-chose (de la même manière que j’ai dû faire la traduction simultanée le jour où j’ai regardé La Haine en famille). Pour la petite histoire, j’ai appris quelques années plus tard que Boulette était mort éventré, rattrapé sans doute par ses démons passés et présents. Je n’ai jamais su si quelqu’un avait fait quoi que ce soit de son manuscrit, j’en doute d’ailleurs. Sale histoire.

J’ai repris le petit chemin de ma vie jusqu’à ce qu’un jour l’ami d’un ami m’appelle pour me dire qu’un de ses potes cherche quelqu’un pour sous-titrer son documentaire et qu’avec le parler « urbain », c’est difficile de trouver quelqu’un qui en est capable (ah bah oui mes enfants, la traduction c’est un métier, mon créneau à moi c’est tous les laissés-pour-compte de la linguistique, c’est-à-dire ceux qui sont sous-titrés parfois même quand ils parlent la « langue nationale »… comprenne qui pourra…). Le pote en question, c’était Rachid. C’était en 2005 ou 2006. Il venait de sortir son deuxième roman Mon Nerf et avait réalisé une sorte de making off du roman en vidéo (Sur ma Ligne) pour prouver qu’il était bien l’auteur de ses livres. Il en a ensuite sorti un troisième Viscéral , fait du théâtre et  réalisé un nouveau documentaire, cette fois sur la grossesse de sa femme. Celui-là aussi je l’ai sous-titré. Après il a fait Rachid au Texas et Rachid en Russie pour France 4 et Une Heure avant la Datte, une web série pour Arte.

Quand je l’ai rencontré, il bossait déjà sur son long-métrage. Ca ne s’appelait même pas encore Rengaine à l’époque. Il m’en parlait à chaque fois qu’on se voyait. D’ailleurs au début il voulait que j’intervienne plus sur la musique du film, en mode direction artistique (franchement, j’aurais kiffé cette mission, je crois). Il m’a appelé finalement en avril pour la traduction mais j’étais au Cap Vert. Je me suis donc occupée des corrections et vérifications à mon retour. Je regrette profondément ne pas avoir pu traduire la totalité comme j’ai pu le faire pour les documentaires mais il a quand même eu la gentillesse de créditer mon nom au générique. Rachid c’est une poésie. Ce mec est un exemple à suivre pour tous. Il est la preuve que même si cela demande plus de temps et plus d’efforts, il est possible d’aller au bout de ses projets sans moyens sans soutien sans diplôme, quand on s’appelle Rachid et qu’on est moitié noir, moitié arabe dans un monde pourtant codifié et verrouillé… Au-delà de ça, c’est un être humain profondément gentil et humble qui mérite reconnaissance, succès et encouragements. C’est réellement touchant de lire l’émotion sur son visage maintenant que le film est lâché dans la nature et appartient au public. C’est agréable de le voir sur tous les plateaux tv, de l’entendre à la radio et de tomber sur sa coiffure déstructurée dans les journaux. C’est ce genre de personne qui fait réellement avancer les choses. Je suis particulièrement fière de l’avoir soutenu dans ses projets et d’avoir participé à Rengaine. C’est ce genre d’expérience qui me fait aimer mon métier malgré les difficultés inhérentes aux professions artistiques… Certaines émotions parfois valent bien quelques zéros sur un chèque…

Je vous conseille donc vivement à tous d’aller au cinéma et de lire ses livres. Big up Rachid!!! 

 

RENGAINE (actuellement en salles… http://www.allocine.fr/seance/film-199158/) : Bande Annonce RENGAINE de Rachid Djaïdani par hautetcourt

SUR MA LIGNE - Documentaire : http://vimeo.com/8293581 

RACHID AU TEXAS - trailer : http://youtu.be/Y2VMoXT7aPg  

UNE HEURE AVANT LA DATTE - Websérie : http://www.arte.tv/fr/une-heure-avant-la-datte/4026386.html

 

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